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Comme un être humain, avant de m'endormir, je tire sur moi la couverture et je m'y pelotonne. Il fait chaud pourtant. Je suis incapable de dormir sans couverture.
Si notre planète a vu passer près des quatre-vingts milliards d'humains, il est improbable que chacun d'eux ait eu son propre répertoire de gestes. Arithmétiquement, c'est impensable. Nul doute qu'il n'y ait eu au monde incomparablement moins de gestes que d'individus. Cela nous mène à une conclusion choquante : un geste est plus individuel qu'un individu. Pour le dire en forme de proverbe : beaucoup de gens, peu de gestes.
(L'Immortalité, Kundera)
Alors j'ai fait plus attention à mes gestes. J'ai toujours été soumis aux tics. Petit : je faisais des roues - je me tapais la poitrine avec le poignet - je me frottais les dents avec le doigt, afin d'en faire saillir la sonorité. Cette année, j'ai été l'instrument, la marionnette, l'incarnation de trois gestes, me semble-t-il. Depuis le mois de février (à cause d'un certain film), j'ai été sujet aux claquements de doigts. Disons que j'étais sujet à ce mouvement depuis assez longtemps, mais il s'est alors radicalisé. Toujours en train de claquer des doigts, en classe, dans la rue, tout seul. Je me suis perfectionné. Mon rêve : claquer des doigts, et coupler ce geste à un autre ; vous savez, quand on bat la mesure d'un morceau de jazz avec le bras, le bras va et vient, et le claquement s'épanche quand le bras est jeté loin de nous. L'autre geste, plus récent, plus éphémère : battre la mesure, encore, mais en tapant dans les mains, comme on joue du djembé. Le dernier geste : utilisé pendant mes oraux ; de la main droite, je tiens le livre ; la main gauche, paume au ciel, monte et descend ; copule presque. Afin d'appuyer discrètement ce que je suis en train de dire ; afin de montrer également, quand je ne trouve pas les mots, que je sens la chose, mais que je n'arrive pas l'exprimer - autrement que par ce geste.
Ses amis lui demandaient comment ça c'était passé avec cette fille, hier soir. Au moment où il répondit en rigolant "eh bien, disons qu'elle ne me déteste pas", il découvrit soudain la litote.
(428) Matamore :
Et, laissant tous les Rois leurs Couronnes en tête,
J'en prendrai seulement deux ou trois pour valets,
Qui viendront à genoux vous rendre mes poulets.
(1317) Le geôlier :
Ne perdons pas le temps à ces caresses ;
Nous aurons tout loisir de baiser nos maîtresses.
J'ai bien ri. Un poulet, c'est un billet gallant. Baiser, c'est embrasser. (L'Illusion comique, Corneille)
L'année se termine, aequo animo.
Commentaires :
ninoutita |
Tu faisais des roues ?
Ce devait être fatigant. |
|
Violaine 25-06-07
à 20:10 |
Lis La Migration des gnous, de Benoit Caudoux. |
à 16:21