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Tandis qu'une soprane faisait ses vocalises, Shelly s'est penchée sur moi et m'a embrassé. Le baiser s'est prolongé... Shelly a disparu depuis quarante-sept jours. C'est Mme H. qui m'a prévenu. Je n'avais plus pensé à Mme H. depuis ces matinées d'un temps révolu où j'errais dans les rues. La ville à l'aube a cela de superbe que le soleil la traverse de ses rayons, comme le chirurgien qui pénètre les corps de son poing. Je déambulais au hasard des rues et des boulevards jusqu'à être délesté de la torpeur du sommeil. J'avais rencontré Mme H. quelques jours auparavant (ou était-ce quelques mois ?) Norma m'emmenait chez elle pour la première fois. Elle habite dans une grande maison. Sa maison est juchée sur une colline, et on a une vue imprenable sur la ville. On a monté à pied les rues serpentantes. On voyait les grands porches munis de caméras. Un policier patrouillait. Norma habite donc dans une grande maison. Terriblement grande. Peu après qu'elle eût commencé à me faire visiter, le téléphone sonna. Je ne pus deviner la provenance de l'appel. Norma partit dans une direction, un long couloir, elle me dit d'attendre. Je m'approchai d'une bibliothèque en verre. A l'intérieur, il y avait des crânes, et des pots de formol contenant des organes. Son père est en effet médecin. Une lampe, dans un coin de la pièce, était étrange : l'ampoule était placée sous un de ces récipients de formol, et la lumière prenait en le traversant des allures glauques. J'ai entendu des pas précipités. En me retournant je vois Norma qui dispose son écharpe autour de son cou. Elle me dit que son père est dans le coma éthylique et qu'elle court à l'hôpital rejoindre sa mère et ses soeurs. Elle prend un autre couloir et disparaît. Je n'ai pas eu le temps de réagir. J'essaie de me rappeler par quel couloir nous sommes arrivés dans ce salon. J'en emprunte un : celui d'où provenait le coup de téléphone. Il y a des portes aux murs. Déjà je me perds. J'accède à une vaste pièce : un autre salon. Il y a des escaliers. J'entends des pas. Une femme s'appuie à la rampe et descend lentement les escaliers. Elle me salue. Je me présente. C'est une femme d'une soixantaine d'années. Elle a les cheveux teints. Plein de rides. Je me souviens de sa lèvre supérieure : très fière. Elle me désigne un large fauteuil. Elle s'avance en boîtant, s'aidant de sa canne, s'assoit en face de moi. C'est ainsi que j'ai rencontré Mme H. Nous discutâmes, tandis que le jour baissait, et elle m'entretint un long moment du bien et du mal.
Tandis que les matinées se faisaient plus limpides, j'en vins à ne plus penser à Mme H. et à sa prophétie. Mais son souvenir se rappella immédiatement à moi quand j'entendis le son rèche de sa vieille voix, rendue grésillante par les ondes des téléphones. Je déjeûnais alors avec un ami qui étudiait l'astronomie. Il préparait une thèse sur les trous noirs, dont il me vantait ardemment les mérites entre deux bouchées d'omelette, quand son téléphone portable sonna. Il répondit et son visage enthousiaste céda le pas à une expression inquiète. Il me tendit alors le téléphone portable, dont je m'emparai avec surprise. Mon ami s'éclipsa. J'entendis la voix crépitante de Mme H. Elle me saluait, moi le charmant jeune homme qu'elle n'avait pas pu oublier, et m'apprenait sa nouvelle vocation de pick-pocket, et je la vis alors, sur le boulevard, la vieille veuve dans son tourbillonnement de voiles qui jaillit et attrappe le sac d'une grand-mère. Dans le parc, Mme H. s'assied sur un banc et nourrit les pigeons. Elle les observe depuis longtemps, les pigeons, ils ont les pattes atrophiées parfois, de s'être trop promenés sur les rails des métros, qu'ils sont gras, elle aimerait bien leur tirer une balle dedans, pour voir comment ils explosent. Un ami lui disait que les pigeons sont la source du mal dans les villes. Mme H. dépiaute le sac qu'elle a volé et s'empare d'un téléphone portable. Elle observe le répértoire et suivant son instinct, elle décide d'appeler un certain Cédric, qui répond à la quatrième sonnerie, Mme H. parle alors. Elle me parle, réitère sa prophétie et plus que jamais, m'annonce un grand malheur. Etrange ce que le désir fera faire aux gens stupides.
Shelly a disparu depuis quarante-sept jours. Sur mon ordinateur, j'erre. Je retouche de vieilles photos sur Photoshop. Je parcours la Toile. Je relis le blog de Shelly. Une sorte de bloc-notes où s'empilent des pensées, des rêves, des ébauches, des projets en vrac qui n'aboutissaient pas, mais où elle puisait des idées lorsque l'inspiration lui manquait. "je rêve d'une ville. pivote d'un angle et on me voit battant le pavé, je marche. il y a des murs, et une cave, qui lâche un souffle comme un cadavre, la musique remonte à la surface de la terre. rock, 70s. des jets de fumée." Elle tenait une rubrique, intitulée "Les petits bonhommes qui pensent", très brèves histoires qui lui venaient par flash, dont je relis inlassablement la dernière : "Pour interrompre un film sur son ordinateur, Jeff n'avait qu'à appuyer sur la touche "C". Jeff, des fois, aurait bien aimer appuyer sur la touche "C" du film de sa vie." Etait-ce annonciateur ? Prémonitoire ? Pourtant tout allait bien. Je le sais, j'étais là. C'est alors que je rencontrai monsieur Autis. Je lisais le blog de Shelly, en philosophant sur les mystères de la vie, et des mouches venaient se prendre dans le néon qui électrisait l'air du soir de sa friture énervante. Ainsi, en parcourant les réponses aux articles de Shelly, un commentaire fixa mon attention. Un Internaute, qui s'était choisi Autis comme pseudonyme, écrivait : Abyssus abyssum vocat. C'était tout. L'abîme appelle l'abîme. Shelly n'avait pas répondu à ce commentaire. Fasciné, je constatai qu'un hyperlien menait à son site, sur lequel je m'empressai de me rendre. Autis tenait lui aussi un blog, ayant pour enseigne "Lettre à H." Son blog était d'une simplicité déconcertante : il n'y avait que du texte, des paquets de paragraphes jetés dans la mer blanche des pixels. En parcourant rapidement la page, je constatai qu'aucun commentaire ne venait ponctuer ses articles. L'individu semblait livrer ici le contenu de sa vie, sur des pages et des pages, dont je commençai sans tarder la lecture.
Commentaires :
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Sophie |
Wow Je suis scotchée, même si je n'ai pas très bien compris les deux premiers paragraphes. C'est une fiction, ou le blog d'Autis existe vraiment ? Y'a une suite ? |
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Sophie 03-04-07
à 13:51 |
A cause de toi j'ai cherché "autis" sur google et je suis tombée sur "autis telecom". Ensuite, rebelote, j'ai cherché "autis abyssus abyssum vocat" et ils m'ont proposée de chercher plutôt "abrutis abyssus abyssum vocat" parce que sinon il n'y avait aucune réponse. J'ai l'air maligne maintenant.
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dwarfland 03-04-07
à 19:40 |
Re:lol (entamé ici un soir sans préméditation, continué ci-dessus pour un concours d'écriture dont j'ai loupé la date de rémission, je pense que ce sera des variations sur des thèmes et des personnages, quand je veux, où je veux. je ne sais pas si j'écrirai la suite. on verra.) |
à 13:42