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les cinq choses dont je n'ai jamais parlé

5 choses que vous ne savez pas sur moi.

c'est la dernière mode, sur les blogs, et je m'y mets, même si personne ne me l'a demandé. parce qu'il y a deux trois choses dont j'aimerais parler, et sans cette mode je ne les aurais jamais évoquées.

1. je ne manque jamais un opéra de wagner. ca a été un de mes grands chocs artistiques, wagner. je l'ai découvert à 13 ans en écumant les cds de ma mère, et j'ai éprouvé un claquage général, que je n'ai plus éprouvé jusqu'à ma découverte de kundera, et plus récemment de lynch. j'ai aujourd'hui pratiquement tous ses opéras en cd et je ne m'en lasse pas. wagner m'a justement fait découvrir l'opéra : jusqu'alors c'était pour moi un monde saugrenu, pompeux, adulte. j'ai cru adorer l'opéra, mais quand j'y suis retourné pour un concert autre, j'ai constaté qu'en fait, ce que j'aimais, ce n'était que wagner. ainsi je n'ai pas loupé un de ses opéras à genève depuis 2002, et je m'y pointe toujours tout seul, deux heures à l'avance, fumant un cigare pour pasticher certains individus.

2. quand j'avais 8 ou 9 ans, avec les copains on jouait parfois dans les souterrains des immeubles. c'était un très, très long immeuble, qui avait des couloirs interminables sous le sol, qui menaient aux parkings, aux caves, aux autres sous-sols d'immeubles voisins. ainsi nous nous amusions à découvrir cette toile immense de galeries qui se ramifiait sous la cité. on racontait qu'une fille de notre âge, J., y avait été violée. on enclenchait la lumière et celle-ci s'éteignait subitement et nous nous perdions. l'histoire, je vous la raconte : on jouait à cache-cache. je courais dans les hauts couloirs blancs, aujourd'hui ça m'aurait l'air d'un hôpital psychiatrique, je courais, et j'ai poussé une porte - au hasard. tandis que je cherchais un interrupteur, m'apprêtant à reprendre ma course, la porte a claqué derrière moi. j'ai voulu l'entrebâiller afin que la lumière du couloir me vienne en aide, mais, devinez quoi, je ne pouvais plus l'ouvrir. panique. noir complet. je parcoure les murs à la recherche d'un bouton, je ne trouve rien. vous imaginez la terreur du gosse que j'étais. je me mets à appeler à l'aide, la pièce résonne d'un écho violent qui m'effraie. je me suis mis à longer le mur dans les ténèbres, tendant mes bras, et puis non, je suis revenu à la porte métallique et je tambourinais dessus.

j'ai passé des heures (tout un après-midi semble-t-il) dans cette pièce, à pleurer, terrifié qu'on ne me retrouve pas, dans l'obscurité intégrale. ça a été la première terreur de ma vie. ça aurait pu être la dernière mais on a fini par me retrouver. sans blague.

3. l'année passée, j'ai été écarté de mon école pendant dix semaines parce qu'on m'avait surpris avec des amis à consommer un truc, qu'en l'occurence je fournissais cet après-midi et que j'avais sur moi, manque de bol, j'ai été renvoyé. je ne savais pas que ce renvoi était temporaire : pour moi, il signifiait la mort de mes études dans l'oeuf, purement et simplement. d'une certaine manière, c'était une aubaine : j'ai toujours eu une haine larvée pour l'école et une envie de tracer mon propre chemin. je traversais alors une période d'une fadeur scolaire sans précédents - les cours m'étaient d'un ennui peu croyable, mais je persévérais, par habitude. dans l'instant ce renvoi inopiné me combla d'une joie effrénée, juvénile : je me suis senti libre, et je ne tenais pas compte des conséquences évidemment néfastes de ce nouvel état. j'ai promis à mes parents de trouver bientôt une nouvelle école à intégrer, alors que je n'avais qu'une envie : tenter ma chance, non : tenter le destin. faire des expériences. m'amuser. je ne vais pas raconter en détail toutes les démarches que j'ai entreprises, mentionnons par exemple le fait que j'ai cherché à intégrer une agence de mannequinat. en effet, autre révélation, j'avais déjà été par le passé approché deux fois par des recruteurs : une fois dans le métro parisien, une fois dans un centre commercial - je devais être ensuite contacté par l'agence, mais rien n'avait abouti. j'ai donc eu envie de voir ce que ça pouvait donner, et j'ai passé un casting. j'ai été accepté, et je figure actuellement à deux reprises dans le catalogue printemps-été d'un magazine suisse. autre tentative que je fis : je m'inscrivis dans une agence de figurants ou de rôles mineurs dans les films, téléfilms, séries... ce qui a également débouché. j'ai été figurant dans quelques téléfilms de merde de la télévision suisse, et j'ai eu un rôle infinitésimal d'étudiant, avec une réplique ("oui oui, je l'ai vue, elle se promène dans le quartier de l'université"), dans un autre téléfilm. (et j'ai finalement, après dix semaines, recouvré mon statut honni d'étudiant.)

4. je me souvenais d'une seule scène de bagarre. c'était quand j'étais gamin. j'ai commencé à taper sur un binoclard alors que nos pères jouaient un match de foot sur le terrain voisin. c'était la seule fois où j'ai frappé quelqu'un dans ma vie. et bien, il n'y a pas si longtemps, j'ai eu de nouveau affaire avec la violence, et ça a probablement été l'événement le plus important de ma vie. frayer avec la violence, la haine et la terreur, ça vous conditionne un homme. je n'entrerai pas dans les détails. j'ai été là au mauvais endroit au mauvais moment, mais d'une certaine façon je l'ai cherché, car je suivais quelqu'un avec un appareil photo. j'en garde une légère cicatrice à la tempe - pour ce qui est des marques, je m'en tire plutôt bien. je voulais juste dire que c'est un épisode qui m'a terriblement remué, et depuis que j'ai conscience de l'existence de la violence et de la peur plus que tout un chacun, je m'y prépare. comprenez-moi bien : je ne me prépare pas moi-même à la violence, je m'entraîne, je m'exerce comme montaigne philosophant pour apprendre à mourir. je sais bien qu'on est confronté un jour ou l'autre, dans sa vie, à la violence, mais la prochaine fois, je veux être prêt et savoir réagir.

(pardon, je m'exprime mal. ca constiste en des exercices tels que, regarder les images du dictionnaire médical. regarder sans ciller les images des juifs brûlés, les images d'une greffe, les images d'un film d'horreur. regarder un cadavre dans les yeux. exercices par le froid. exercice de jeûne. je ne connaîtrai pas la peur car la peur tue l'esprit.)

5. mon meilleur ami, quand j'avais entre 10 et 14 ans, était Y. Y. est la personne la plus fascinante que j'ai jamais rencontré. c'était à la base l'amitié comme seuls les enfants la concoivent, à la vie à la mort, vous savez. l'entrée dans l'adolescence n'y a rien changé. je ne parle jamais de Y. à personne. c'est Y. qui m'a rendu tel que je suis. il avait un an de plus que moi. (je ne peux en parler qu'en fragment, de Y., c'est trop frais, trop récent, trop bouleversant.) on fonctionnait sur le mode du défi. c'est lui qui m'a fait m'intéresser à la littérature. Y. avait son grand-père chez lui qui fumait des cigarillos et nous les tendait. nous jouions à échanger nos identités, parfois, c'était le jeu que nous préférions : échanger les habits, la façon de parler, de marcher, de manger, de rire, échanger nos comportements, nos goûts, nos amis, nos loisirs, tout. la fois où ça a fonctionné le mieux, ce fut la semaine où nous eûmes un remplaçant qui ne nous connaissait pas - nos camarades étaient complices. nous avons intégralement changé d'identité. quand le père d'Y. s'est suicidé (il y a quatre ans), Y. et sa mère sont retournés dans leur pays d'origine. nous nous sommes écrits des lettres et Y. est parti étudier l'histoire aux états-unis. depuis son départ, le jeu continue.


Commentaires :

  Butterflies and hurricane
01-02-07
à 21:04

La n° 3 je la connaissais, même si au début je pensais que c'était des conneries.


  Sophie
04-02-07
à 14:10

You better quit LSD, man.



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