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J'avais des idées pour le début d'un film. D'abord, pendant quelques secondes, c'était tout blanc. Et par un fondu enchaîné, au blanc se substitue une serviette en papier très blanche. Une goutte de sang tombe alors et s'élargit dans les fibres. Une musique grondante diapre l'ensemble. Puis en surimpression à cette propagation sanguine apparaît le visage, en un noir et blanc très contrasté, d'une femme, l'actrice principale, dont les yeux s'ouvrent au ralenti. Cette femme, je l'aurais filmée sur un fond blanc, et des deux côtés de son visage j'aurais posé un spot. Après, je ne savais plus trop quoi faire. J'ai eu l'idée d'une coupe très franche. A la musique grondante succède un éclat de rire ; au blanc et au rouge succède le noir de la nuit où se dilue vaguement la lueur d'une lampe. Un dîner. Quelqu'un, donc, rit très fort. J'imaginais les spectateurs dans la salle, malmenés par cette coupe franche. il y avait cinq personnes, attablées, sur une terrasse, un soir. Ils mangeaient la fondue chinoise. Je me suis levé de ma chaise. J'avais une lampe à abat-jour bleu dans les mains (celle qui se trouve d'habitude sur ma table de nuit, et dont j'aime regarder les courbes sur le mur). J'ai traversé le jardin. Contourné les voitures. J'ai posé la lampe sur les pavés. Plus tard, il m'a semblé que j'essayais de l'allumer avec un briquet. Mais je crois plutôt que je tentais de tordre les tuteurs de l'abat-jour. Pardon ; la présence d'un briquet est irréfutable ; en effet, l'abat-jour s'est enflammé. Très doucement. Très lentement. Je suis revenu. A travers le jardin. J'entendais mes parents se battre. J'ai posé l'abat-jour dans l'herbe. J'allais reprendre ma place autour de la table ; mais du coin de l'oeil, je voyais l'abat-jour en flammes, et j'eus peur que mon père ne me gronde. Je me précipite ; m'empare de la lampe ; je me souviens alors du robinet, devant la maison ! je me précipite ; j'ouvre le jet qui jaillit et apaise les flammes. Quand je suis revenu, la table était vide. Mes frères et soeurs étaient en train de débarasser. J'ai dit, eh non, laissez-en pour moi. Mon père gueulait. Ils transportaient les assiettes et tout le topo à l'intérieur, sur une autre table.