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citations (duteurtre) (garcía márquez)
--> fulgurances

"Sur la place, devant chez moi, les autorités viennent d'inaugurer une boule de métal. Or, pour la première fois, la laideur de cette sculpture me semble émouvante. Je suis touché qu'un artiste ait osé planter cette triste chose avec le soutien de la municipalité, en croyant sincèrement faire beau, selon les principes qu'on lui avait enseignés." (p.23)

"La vie ne m'apparaît plus comme une course angoissée vers la mort, mais plutôt comme une voluptueuse perte de temps. Un flot de stupidité heureuse s'écoule dans mon sang par réaction au malheur ; une délectation de chaque instant pour sa beauté, sa laideur, son absence de beauté ou de laideur ; une volonté d'aimer le monde tel qu'il est ; une sensation de glisser entre le temps et les choses." (p.160)

"Je me rappelle l'automne sur Manhattan, lors de mon premier voyage. Je débarquais au pays du cinéma, à l'aube d'une vie aventureuse. Vingt ans plus tard, me voilà enfermé dans des activités professionnelles proches de l'absurde, comme n'importe quel New-Yorkais de mon âge. Ici ou là-bas, c'est le destin d'homme moderne qui est insupportable. Ici ou là-bas, c'est la fraîcheur de la découverte qu'on voudrait retrouver avant de mourir." (p.166)

"Sur les pâturages, quelques vaches regardaient le spectacle du crépuscule en s'efforçant de comprendre ce qui se passait. Etait-ce la première fois ? Elles ne se souvenaient pas précisément des jours précédents. Elles ignoraient également que les services vétérinaires de la préfecture envisageaient de procéder à leur abattage massif pour soutenir les cours. Impropres à la consommation, elles allaient prochainement servir de combustible dans une cimenterie." (p.274)

Le voyage en France, Benoît Duteurtre, NRF Gallimard, 2001


"Alors il se leva avec la sensation fascinante d'être à l'intérieur d'un corps qui n'était pas le sien mais celui de quelqu'un resté assis à sa place, et il dut faire un grand effort pour ne pas perdre la raison." (p.157)

"A l'hôtel de passe, il les avait bien connues. Souvent, vers six heures du soir, elles prenaient encore leur petit déjeuner, et n'avaient alors d'autre solution que d'utiliser leur sexe comme un couteau d'éventreur qu'elles mettaient sous la gorge du premier venu qu'elles croisaient dans la rue : la bite ou la vie." (p.234)

"Il repartit pour sa terre d'origine comme s'il s'agissait d'un de ces courts voyages que l'on entreprend de temps à autre pour tromper la nostalgie, mais derrière cette apparence il y avait du vrai : depuis un certain temps, il montait sur les bateaux de son pays à la seule fin de boire un verre de l'eau des citernes remplies aux sources de son village natal." (p.270)

L'Amour aux temps du choléra, Gabriel García Márquez, Le livre de poche, 1987




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