cinq minutes
hier dans le tram 16. je m'assieds enfin. et je suis frappé par la beauté d'une vieille femme en face de moi. elle a le visage fin, creux, ses yeux sont bleus et grands ouverts sur le monde. encore des cheveux crème épars plantés çà et là. elle a un manteau verdâtre étrange, sa jupe est moderne, vous savez ces jupes de jeune fille légèrement gothique, une jupe rayée bleue et noire. elle serre ses mains sur son sac. un accordéoniste accomplit des prouesses plus loin et sourit à tout va. à côté de moi un petit garçon noir, sa mère est assise un peu plus loin. il se lève et va s'asseoir sur le siège derrière elle. ils se font dos. l'accordéoniste portugais s'arrête et passe entre les gens "bonjour mesdames et messieurs merci bonjour merci" avec un accent. la vieille femme a cherché dans son sac, de ses mains aigues elle a passé en revue ses pièces, trop grosses sans doute car elle fixe à nouveau la rue, à travers la vitre. l'accordéoniste repart dans ses performances géniales en diable. un handicapé monte dans le tram éprouve de la difficulté, il trébuche en montant les marches, revient en arrière comme si on avait rembobiné la bande, remonte la marche trébuche encore, et titube jusqu'à un siège. l'accordéoniste le hèle, l'handicapé se lève, se penche, vacille et touche l'accordéon, tu me reconnais mon ami lance le musicien, oui oui mugit l'handicapé, il se rasseoit. la vieille dame, est-ce elle qui a râlé. elle exorbite ses yeux et regarde dehors elle est belle. je prépare une pièce de 1 francs si jamais l'accordéoniste revenait, mais non il joue juste pour le plaisir. terminus tout le monde descend. j'observe encore un instant tout ce beau monde et je me dirige vers la gare.